« C’est l’histoire du maître du monde qui ouvre délicatement les yeux puis qui se lève timidement après avoir disparu durant de longues heures. Son ami l’obscurité lui fait signe avant de disparaître à son tour. Le roi doré offre de jolies teintes rosées puis orangées au ciel, il mélange ses couleurs avec le bleu pastel timide de l’aube. Il marche tranquillement, heureux de redonner vie. Il commence à réveiller les villages et observe à travers les carreaux des fenêtres des silhouettes encore embuées par le sommeil, les oiseaux après avoir aperçu ses premières lueurs se mettent à babiller, les papillons qui retrouvent leurs couleurs éclatantes se remettent à danser, le vent étouffé par la chaleur naissante décide lui aussi d’aller un peu se reposer.
Il éclaire les lacs, comme nous éclairerions les paysages munis d’une torche, qui reflètent la beauté des matinées d’été. Les feuilles des arbres qui ne bougent à présent plus, reçoivent l’entier pouvoir des rayons et retrouvent leur vert brillant au bout de quelques minutes. Ce si beau vert qui vêt également les hectares de champs à n’en plus finir, qui sont quant à eux parsemés de millions de touches colorées, les fleurs aux multiples nuances qui l’habillent. Ces espaces teintées de bleu par ici et de violet là-bas puis même de jaune et de rouge. Paysage acrylique qui plairait à tous les amoureux que la terre puisse porter, qui feraient naître les plus beaux vers, ici, dans ce tableau digne des plus grands peintres.
Maintenant, lassé de marcher, il se met à courir, entre les fleurs, entre les brins d’herbe, entre les rochers et les grains de sable. Tout s’accélère. Il dirige les insectes comme le ferait un maître d’orchestre, il choisit lui-même la puissance du torrent, le rythme des usines, le tempo des vagues, la croissance des arbres fruitiers mais aussi les instants de vie, d’amour, de rire, qu’il éclaire de la plus belle des lumières.
Il zigzague à travers les montagnes, il joue avec elles, il rit puis il dessine à sa guise, grâce aux ombres des formes étranges sur le sol, dont jamais il ne se lasse. Ne dirait-on pas deux jeunes gens qui s’embrassent ici, ou bien là, un château grotesque ?
Il court, de plus en plus vite.
Il court afin que chacun puisse en profiter, du Nord au Sud nul ne sera oublié.
Il court, comme chaque jour, sans prendre le temps de respirer.
Il court sans ne jamais s’épuiser.
Il suit un rythme effréné.
Il s’accouple avec l’obscurité à présent, tous deux se confondent et mettent en scène un merveilleux spectacle, là-haut dans le ciel. Les pigments dont il est apprêté, laissent sans voix.
Et soudain il s’éclipse remplacé par la lune, on peut tourner la page du calendrier, une journée de plus est passée. » @SB