LES GARES

« Les gares, quelle drôle forme de microcosme.

Écouteurs sur les oreilles, j’observe les gens qui s’agitent autour de moi. Il y a, à ma gauche tous ces gens qui déboulent du tram et qui se précipitent à l’intérieur de la gare afin de ne pas rater leurs trains. J’aperçois aussi tous ces gens angoissés, scotchés à l’écran des départs, l’affichage des quais prenant tout son temps, stupides technologies qui ne fonctionnent jamais correctement… Il y a aussi, ceux qui n’auront jamais d’horaire pour fuir les chaînes qui les rattachent à cette ville. Ceux qui tentent d’oublier par de rapide gorgées de rhum, de whisky puis même parfois de vodka. Ceux qui aperçoivent de l’espoir au bout des rails, ceux qui tanguent vers la folie, ceux qui ont un passé qui règne et qui n’y survivront pas. Ceux qui errent, et qui se sentent obligés de parler à voix haute, soulagés d’encore sentir encore les syllabes s’échapper de leurs bouches, ceux qui n’ayant plus les idées claires prononcent des phrases sans aucun sens. Un peu comme leurs piteuses existences… Persuadés que chaque mot qui entre en contact avec l’air leur permettront de rester vivant… Les gens n’osent pas jeter un coup d’œil, ces même-gens sont de ceux qui prônent les dons qu’ils font chaque mois, détournent le regard face au besoin humain de se sentir encore un peu exister, de ceux qui n’ont plus aucune raison de se lever le matin. Il y a ces femmes et hommes d’affaire aussi, collés à leurs téléphones ou alors plongés dans leurs dossiers, ou qui ne cessent de taper sur leurs claviers d’ordinateur, qui n’ont plus aucune notion du temps qui s’écoule. Des instants qu’ils ne retrouveront jamais. Des années qui défilent et qui permettent à leurs enfants de grandir. Des événements importants qu’ils sont obligés de rater pour aller à ce meeting qui se trouve à l’autre bout du monde. Ceux qui ne sourcilleront même pas si vous leur demandez l’heure. Ceux qui ne sont plus vraiment là non plus, d’ailleurs ils font partis de ceux dont on ne sait jamais vraiment où ils sont.

La gare et ses absents, la vie et ses manquements. Le temps et ses offrandes…

J’en viens parfois à me dire que la misère des villes, voir de l’humanité se dessine à travers ce qu’on y voit dans ses gares.

Oui, je crois bien qu’ici même, sur ce banc, j’aperçois l’humanité qui nous quitte, peut-être ira-t-elle en apaiser ses peuples qui s’entretuent? Raisonner ces dirigeants que le pouvoir a rendu fou? Réchauffer le cœur des victimes de la famine?

Vous savez vous, si elle croit encore qu’elle pourra nous sauver?

Vous savez, vous, quel train elle va emprunter? » @SB

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